De Diatokro à Luanda, Euphrasie Yao présente sa méthode COFA comme outil de non-violence active - Publiée le 02/11/2026
À la Biennale de Luanda, la ministre Euphrasie Kouassi Yao a porté une idée forgée sur le terrain ivoirien : la paix ne commence pas lorsque les armes parlent, mais bien avant, dans la manière dont une communauté organise ses désaccords, partage ses ressources et associe femmes et jeunes aux décisions. Une philosophie aujourd’hui structurée autour de CREA-PAIX et de la non-violence active.L’expérience pourrait sembler modeste face aux enjeux débattus lors de la 4ᵉ Biennale de Luanda, les 22 et 23 octobre 2026. Elle contient pourtant l’essentiel du raisonnement défendu par la ministre : un conflit potentiel ne se prévient pas seulement par des médiateurs appelés lorsque la crise éclate. Il se prévient aussi par la manière dont le pouvoir et les ressources sont partagés avant la crise. C’est précisément l’orientation donnée cette année au Forum panafricain pour une culture de la paix et de la non-violence. L’Union africaine et l’UNESCO ont placé la gouvernance inclusive de l’eau au centre de la prévention, de la médiation et de la résolution des conflits, en insistant sur la participation des femmes, des jeunes et des communautés.L’apport d’Euphrasie Yao à Luanda dépasse ainsi la question de l’eau. À travers CREA-PAIX — Communautés Régionales pour l’Autonomisation et la Paix — elle défend depuis plusieurs années une conception de la paix qui refuse d’attendre la violence pour agir. Le programme, présenté à Luanda, revendique aujourd’hui plus de 3 000 bénévoles dans 27 pays sur quatre continents, avec les femmes et les jeunes comme principaux acteurs et relais communautaires. « La paix est une activité, non une passivité », rappelle la ministre Euphrasie Kouassi Yao durant sa présentation.
Cette formule permet de comprendre ce que la CUEFPOD entend par non-violence active. Il ne s’agit pas simplement de s’abstenir de recourir à la violence. L’approche consiste à repérer les tensions, à travailler sur les représentations, à former des acteurs capables de dialoguer, à créer des espaces de médiation et à intervenir avant que le désaccord ne se transforme en affrontement. C’est ici que la méthode COFA — Conscientiser, Former, Agir — prend tout son sens. Elle vise à aider les communautés à comprendre le problème et à prendre conscience du rôle qu’elles ont à jouer, puis à leur donner les compétences et les outils nécessaires pour y répondre, avant de les engager à agir et à construire des solutions pratiques.Quand la gestion de l’eau devient une école de paix
Le lien entre CREA-PAIX et Diatokro apparaît alors moins surprenant. Dans les deux cas, le raisonnement est identique : une population qui participe à la décision dispose de davantage de moyens pour résoudre ses désaccords sans rupture. À Diatokro, la question concernait une pompe et l’accès quotidien à l’eau. À Luanda, elle concerne des bassins hydrographiques traversant plusieurs frontières. La différence d’échelle est immense, mais le mécanisme institutionnel reste comparable : qui décide, qui est entendu, comment les responsabilités sont-elles réparties et que se passe-t-il lorsqu’apparaît un désaccord ?La cohérence réside moins dans l’addition des programmes que dans la question qu’ils posent tous : qui est absent de la table où se prennent les décisions ? Cette interrogation rejoint directement les conclusions de Luanda, qui appellent à renforcer le leadership des femmes et des jeunes dans les instances de gouvernance de l’eau.Une nuance reste essentielle : l’inclusion ne produit pas automatiquement la paix. La présence de femmes ou de jeunes dans une institution ne suffit pas, à elle seule, à prévenir les conflits. De la même manière, une formation ou une campagne de sensibilisation n’entraîne durablement des changements que si elle se traduit par des pratiques, des relais et des mécanismes d’action au sein des communautés.
L’efficacité de la non-violence active se mesure donc à sa capacité à produire des effets observables : médiations conduites, tensions désamorcées, communautés mobilisées, relais locaux actifs et méthodes suffisamment solides pour être reproduites. C’est sur ce terrain que CREA-PAIX consolide progressivement son action. Le choix d’Euphrasie Kouassi Yao de présenter ce programme à Luanda éclaire aussi une évolution du débat africain sur la paix. Aux côtés de la sécurité militaire, des négociations diplomatiques et des institutions régionales s’affirme une autre échelle d’intervention : celle du citoyen organisé. L’UNESCO rappelle que le concept même de « Culture de la paix » fut formulé pour la première fois à Yamoussoukro en 1989. La Biennale de Luanda prolonge aujourd’hui cette idée en reliant dialogue politique, science, participation communautaire et prévention. Trente-sept ans après Yamoussoukro, cette filiation donne une résonance particulière à la contribution ivoirienne portée par Euphrasie Yao. Sa proposition tient finalement en peu de mots : la paix n’est pas seulement le résultat d’un accord conclu après une crise. Elle est aussi une compétence collective qui se prépare, s’apprend et s’exerce avant que la violence n’apparaisse.
À Diatokro, dès 2003-2004, cette logique avait été expérimentée autour d’une ressource aussi quotidienne que l’eau. CREA-PAIX, depuis 2019, cherche à l’appliquer aux tensions sociales. À Luanda, cette trajectoire a permis à Euphrasie Kouassi Yao de défendre une vision où la non-violence n’est ni retrait ni résignation. Elle devient une forme d’action publique et communautaire, une manière d’entrer dans le conflit assez tôt pour éviter qu’il ne bascule dans la violence.
Alpha Mourinho avec Com CUEFPOD
Photothèque Toute la photothèque
Vidéothèque Toute la vidéothèque
Liens utiles Tous les liens utiles

