Côte d’Ivoire : L’enquête EMASCI met en lumière le poids des normes masculines restrictives - Publiée le 25/03/2026
Ce mardi 24 mars 2026, une avancée majeure vient d’être franchie dans l’analyse des dynamiques de genre en Côte d’Ivoire. La Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » (CUEFPOD), en collaboration avec le Centre de développement de l’OCDE et l’Agence Nationale de la Statistique (ANStat), a rendu publics les résultats de l’Enquête Nationale sur la Masculinité en Côte d’Ivoire (EMASCI). Cette restitution est intervenue à l’occasion de la troisième réunion du Groupe Technique Consultatif (GTC), tenue à Cocody Angré, en présence de représentants institutionnels, d’acteurs de la société civile et de partenaires techniques et financiers.
Pour la première fois, le pays dispose d’une cartographie détaillée des normes de masculinité à l’échelle infranationale. L’indice moyen de masculinité restrictive est évalué à 57 sur 100, révélant des perceptions solidement ancrées, avec des disparités notables entre les régions. Le Nord affiche un score plus élevé (65) que le Sud (53), traduisant une intensité plus forte des normes restrictives. « Ces données constituent un levier essentiel pour orienter des politiques publiques plus ciblées et efficaces », a souligné Bathylle Missika, du Centre de développement de l’OCDE.
Réalisée auprès de 2 796 personnes issues de 1 530 ménages répartis dans huit zones linguistiques, avec un taux de réponse de 91,4 %, l’EMASCI met en évidence trois tendances majeures.
D’abord, la persistance de normes traditionnelles fortement ancrées. Près de 97 % des personnes interrogées estiment que l’homme doit être le principal pourvoyeur financier du foyer, tandis que 84 % soutiennent sa prédominance dans les décisions. Plus préoccupant, les jeunes hommes (15-24 ans) adhèrent davantage à ces normes que leurs aînés, contrairement aux jeunes femmes qui affichent des positions plus égalitaires. Cette inversion générationnelle traduit une fracture croissante dans les perceptions du rôle de genre.
Ensuite, l’enquête met en évidence un frein important à l’autonomisation économique des femmes. Si l’écart d’accès à l’emploi reste significatif (73 % pour les hommes contre 46 % pour les femmes), la principale inégalité réside dans le contrôle des ressources : 79 % des décisions économiques sont prises par les hommes. À cela s’ajoute une répartition très déséquilibrée des tâches domestiques, les femmes y consacrant en moyenne 7,3 heures par jour contre 2,2 heures pour les hommes.
Pour terminer, les violences basées sur le genre demeurent préoccupantes. Près de 29 % des femmes et 19 % des hommes déclarent avoir subi des violences conjugales au cours de leur vie. Plus inquiétant encore, environ 30 % de la population considère ces violences comme justifiables dans certaines situations, une tendance particulièrement marquée chez les jeunes et les femmes. L’étude établit un lien clair entre l’adhésion aux normes masculines restrictives et la prévalence de ces violences.
Au-delà du diagnostic, l’EMASCI se veut un instrument d’aide à la décision publique. « Cette étude vise à fournir des données fiables pour promouvoir une masculinité positive et inclusive », a indiqué Doria Deza, de l’ANStat, saluant une collecte de données entièrement digitalisée.
Les acteurs réunis au sein du GTC ont unanimement reconnu l’importance stratégique de cette initiative. Représentant la ministre Euphrasie Kouassi Yao, Alexis Tchiakpé, Administrateur Général de la CUEFPOD, a souligné que ces résultats offrent une base empirique solide pour impliquer les hommes comme acteurs du changement en faveur de l’égalité.
Dans cette dynamique, un atelier d’analyse approfondie est prévu afin de formuler des recommandations concrètes pour faire évoluer les normes identifiées. Pionnière en Afrique de l’Ouest avec cette initiative, la Côte d’Ivoire entend désormais transformer ces données en actions concrètes au service de l’égalité de genre.
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